La Ruta Natural

Rinus Van de Velde et une sélection d’œuvres de Kati Heck et de la collection du Frac des Pays de la Loire

Rinus Van de Velde

02.07
/ 24.10.21

Pour l’exposition consacrant son nouveau site, le Frac des Pays de la Loire a confié à l’artiste belge Rinus Van de Velde (né en 1983 à Louvain), sur une proposition de Laurence Gateau, le soin d’imaginer une exposition personnelle, faisant aussi la part belle à un choix subjectif dans les collections du Frac, tout en ouvrant l’horizon à un dialogue avec la plasticienne Kati Heck (née en 1979 à Düsseldorf).

La Ruta Natural est le titre éponyme d’une œuvre filmique, matrice-palindrome du parcours. La vidéo — alliant images tournées, décors, maquettes miniaturisées et accessoires — pose d’emblée les fondations d’un monde onirique. Un homme masqué débarque dans une voiture, et c’est le début d’une descente immersive dans une salle des machines de carton-pâte évoquant les rouages crantés d’un Tinguely. Cette œuvre vidéo, en tant que métaphore du processus artistique, trouve son origine dans l’élaboration des dessins, de grands fusains minutieusement saturés, pour l’élaboration desquels l’artiste construit au préalable des mises en scène artisanales. Ici, une chambre aux murs lépreux dans laquelle on peut pénétrer est aussi reconstituée : un lit de fer y verra se jouer la scène finale, en une plongée lynchéenne dans l’inconscient. Dès lors, Rinus van de Velde construit sa mythologie personnelle, un récit de vie performé en une incarnation plastique.

Une partie de l’exposition est également le fruit d’un dispositif curatorial. En effet, si Rinus Van de Velde invite Kati Heck, en un compagnonnage basé sur l’amitié, c’est pour mieux éclairer la dimension narrative que ces deux artistes partagent. Kati peint à l’huile et à grande échelle, là où Rinus dessine au fusain ; mais tous les deux créent saynètes et unités de fiction. Le choix que l’artiste a réalisé au sein des collections du Frac est bien révélateur d’une famille esthétique dans laquelle il s’inscrit, en privilégiant un regard marginal, faisant fi des logiques d’appartenance. Citons notamment à cet égard Rosemarie Trockel, John Armleder ou Laurent Tixador.
Cette route, sinueuse et tourmentée, n’est pas si naturelle qu’elle n’en a l’air : regarder les dessins y devient une opération de lecture, ouvrant l’accès à la caverne mentale de la production artistique, pour mieux sortir enfin indemnes et reprendre le chemin.

Texte : Léa Bismuth