Absence
Ce livre est publié suite à l’exposition de Sophie Calle présentée respectivement au Museum Boymans-van Beuningen à Rotterdam du 27.3 au 29.5 1994 et au Musée cantonal des Beaux-Arts à Lausanne du 3.12 1994 au 5.2 1995.
Le titre de l’ouvrage comme pour l’exposition s’inspire d’une œuvre réalisée en 1991 intitulée Last Seen. Le projet de l’artiste s’inspirait d’un fait divers relatif à un vol d’œuvres d’art à l’Isabella Stewart Gardner Museum de Boston. Suite à ce cambriolage, Sophie Calle a photographié les salles d’expositions vidées de leur contenu et demandé aux conservateurs, gardiens et autres permanents du musée de lui décrire leur souvenir des œuvres disparues.
La couverture du catalogue s’illustre ainsi de l’une des photographies de cette série en référence à une toile disparue de Manet Chez Tortoni. Cette photographie était présentée accompagnée d’un texte encadré avec les descriptifs des différentes personnes sollicités par l’artiste pour commenter le tableau absent. Ici sur la couverture, le cartel et les crochets de fixation sont les seuls témoins de l’œuvre disparue, mais cette fois-ci, le titre du catalogue, Absence, qui n’existe pas sur la photographie originale, ajoute une dimension supplémentaire à la symbolique de l’œuvre et du livre.
Cette monographie s’inspirant du thème de l’absence est illustrée, avec la série Last Seen, par d’autres œuvres comme la série Ghosts où l’artiste invitée dans des musées demande aux collaborateurs de décrire et de dessiner les tableaux temporairement prêtés.
C’est dans cette même perspective que Sophie Calle propose pour le Museum Boymans-van Beuningen d’introduire au milieu des collections d’objets, des éléments divers, qui lui appartiennent et occupent une place sentimentale dans son « musée » personnel. Pour le Musée cantonal des Beaux-Arts à Lausanne elle demande aux permanents du Musée de lui décrire leur souvenir de la partie manquante d’un tableau partiellement détruit par le feu à la suite d’un acte de vandalisme.
Sophie Calle remplace le tableau par un jeu de mémoire dans une recomposition de l’image et de l’écriture et questionne la notion d’auteur, que ce soit celle de l’artiste dans la réalisation du processus ou des intervenants extérieurs sans identités précises.
Le livre devient alors un nouveau jeu d’expérimentation dans cette recherche identitaire de l’œuvre et de soi.