Catalogue monographique
Bernard Frize
Ce livre est publié suite à l’exposition de l’artiste à la Maison de la Culture et de la Communication à Saint-Étienne en 1986.
Écrire sur ce livre résulte d’une double approche. Citer un artiste emblématique de la collection du Frac des Pays de la Loire et évoquer une institution importante dans l’histoire de la diffusion culturelle en France.
Avec la naissance du Ministère des Affaires Culturelles en 1959, les Maisons de la Culture deviennent le programme phare de la politique de décentralisation culturelles menée en France à cette époque sous les auspices d’André Malraux. Ces lieux furent des instruments de diffusion du théâtre, de la musique, du cinéma et bien évidemment des arts plastiques. Et si elles avaient une programmation pluridisciplinaire à l’époque, il est difficile de ne pas faire un parallèle avec, par la suite, la création des Fonds régionaux d’art contemporain et leur politique de sensibilisation aux arts plastiques.
La Maison de la Culture et de la Communication à Saint-Étienne était d’autant plus sensibilisée à l’art contemporain puisque cette ville était l’une des rares en France à posséder un lieu accordant une grande importance aux arts plastiques avec son Musée d’Art et d’Industrie avec une des collections art moderne et contemporain les plus importantes en dehors de Paris pour cette époque.
Au moment de cette exposition en 1986 les Fonds régionaux d’art contemporain sont créés déjà depuis quatre ans et commencent tout juste à enrichir leur collection. La première œuvre de Bernard Frize à rentrer dans la collection du Frac des Pays de la Loire sera justement acquise auprès de l’artiste à cette date précise de 1986.
La couverture de l’ouvrage renvoie à une œuvre réalisée en 1984, Le discernement, référence au code chromatique des tests de grossesse et qui renvoie immédiatement à la question de la figuration et de l’abstraction dans l’œuvre de Bernard Frize. Ces deux univers ne sont jamais antagonistes dans sont travail, ils se croisent et se confondent étroitement.
Artiste peintre, ce qui est important pour lui, ce ne sont pas les images mais la présence de la surface peinte, celle de la toile conçue comme un écran sur lequel les images défilent. Il fait de la peinture sur la peinture entre l’art du recouvrement et du dévoilement.
À Saint-Étienne il présente un ensemble de huit peintures conçues à partir de dessins d’enfants, et qui sont rassemblés sous le titre générique Le discernement : de bonnes raisons. De prime abord ce sont des dessins destinés aux enfants où il s’agit de reconnaître un personnage en action sous un angle de vue particulier. Mais le choix du noir et du blanc, les enchevêtrements des motifs sur la surface sans considération d’ombre et de lumière, nous interroge très vite sur la forme et la dissolution de l’image. Il ajoute également un ensemble de quatre toiles sur lesquelles il a fait sécher du marc de café au titre général Quelques causes accidentelles et d’autres causes naturelles. L’image centrale du marc de café est délimité par un encadrement peint. La totalité de l’image est chargée de motifs blancs identiques pour les quatre toiles et débordent sur leur cadre peint. Mais l’organique et l’accidentel n’en sont pas moins au service de la peinture et de sa temporalité ou chaque élément se retrouve stratifié dans le temps.
Bernard Frize démontre tout ce que peut la peinture quand on sait jouer avec elle, en inventant des règles précises et en les changeant sans cesse.