Frac



Exposition
Instantané (98)
Camille Girard &
Paul Brunet
Je suis devenu une chaise, une amie, un pied, le nez, le pot et le chien.

exposition du 17 novembre 2018 au 20 janvier 2019
Frac, Carquefou

Le Frac des Pays de la Loire invite Camille Girard & Paul Brunet du 17 novembre 2018 au 20 janvier 2019 dans le cadre des Instantanés.


Frac des Pays de la Loire

Boulevard Ampère

44470 Carquefou

vernissage le 17 novembre 2018

horaires d'ouverture de l'exposition :

du mercredi au dimanche de 14h à 18h

visite commentée le dimanche à 16h

groupes tous les jours sur rendez-vous

entrée libre


Le Frac des Pays de la Loire invite Camille Girard & Paul Brunet du 17 novembre 2018 au 10 février 2019 dans le cadre des Instantanés. Ce dispositif permet à des artistes de produire leur première exposition personnelle ou de confirmer une pratique déjà engagée.

Camille Girard & Paul Brunet ont pris l’habitude de voler au paysage qui les entoure des détails insolites. Couple à la ville comme à la scène, le duo a fait depuis dix ans de son espace domestique le sujet de ses dessins, toujours réalisés d’après photographie. Diplômés de l’EESAB de Quimper en 2008, ces trentenaires héritiers de la pop culture pourraient passer leur vie à se/ nous raconter des histoires en mettant en scène le quotidien dans leur maison quimpéroise. Pour cette exposition personnelle au Frac des Pays de la Loire, Paul & Camille improvisent une fugue dans le Grand Ouest. Tous les dessins dévoilés ici sont inédits et issus d’explorations hors de l’atelier. Au Frac, Camille Girard & Paul Brunet ont mis de côté la nostalgie de l’adolescence pour démasquer les joyeux « échos1 » du monde. Aquarelles et lavis d’encre semblent tout droit sortis d’un carnet de bord dont les sujets empruntent aux genres de la nature morte, du fanzine ou de l’album de vacances. Sans souci du bon ou du mauvais goût, les images jouent la surprise, à l’instar des « objets trouvés » surréalistes. Prélevées au bord des routes, dans les jardins d’amis ou sur le trajet d’un carnaval, ces « sculptures involontaires2 » cultivent l’irrationnel. Des baguettes de pain assemblées à la verticale lors d’un barbecue entre amis aux visages énigmatiques formés par les talus des chemins, l’oeil s’intéresse au hors-champs, aux à-côtés qui enclenchent l’imaginaire. Si le corps humain est souvent convoqué dans ce « précipité de (…) désir3 », sous forme de fragments ou de prothèses, c’est aussi une manière de le transformer en signe. Les smileys formés par les marques de ponctuations dans les SMS racontent à leur manière la mise en scène de la figure humaine avec les outils des nouvelles technologies. Les motifs surgissent alors sans prétexte et créent des espaces de respiration dans cet accrochage particulièrement fourni.

Pour ce nouvel ensemble, les artistes s’en vont battre le pavé et la campagne. C’est au rythme de la promenade qu’ils observent tout comme pour la première fois. Avec ingénuité, l’un pointe du doigt, l’autre réalise la prise de vue, avant de manier le pinceau à quatre mains. Suivant un mode opératoire précis, l’image photographique définit toujours le cadrage que le trait cherche à traduire sur papier. Entre la projection (camera obscura moderne) et la feuille scotchée au mur à la verticale, le duo orchestre une drôle de « gymnastique du corps4 ». Dans ce ballet à deux, chacun repasse après l’autre jusqu’à ce que l’image originelle soit retranscrite avec la plus grande fidélité. Prenant le contre-pied des connaisseurs qui regardent l’art « à distance raisonnable », les artistes multiplient les détails et invitent à observer le rendu d’un tapis, d’une peau ou d’un portable. Avec dextérité, les niveaux de gris viennent lisser les images, traiter le sujet avec la même précision que l’arrière-plan. Ce principe d’équivalence entre les choses infiltre les objets domestiques les plus matériels. Le service à café de ciment coloré incrusté de coquillages semble sorti à l’instant d’un de leurs dessins. Arrivé dans l’espace comme par magie, il en conserve la bi-dimensionnalité et le changement d’échelle. Il garde surtout la trace du regard porté sur le monde par deux flâneurs interloqués : un grand bric-à-brac aux allures de cabinet de curiosité.

Texte : Ilan Michel