Frac



Instantané (94)
Patrick Bernier
UN GOUVERNEMENT
D'APRÈS LES MURS

du 31 mai au 17 septembre 2017
Frac, Carquefou

Œuvre collective réalisée suite à des ateliers menés par Patrick Bernier dans les Maisons d’arrêt de Nantes, Angers, Laval, la Roche-sur-Yon et Fontenay le Comte.


Frac des Pays de la Loire

Boulevard Ampère

44470 Carquefou

entrée libre

horaires d'ouverture de l'exposition :

du mercredi au dimanche de 14h à 18h

visite commentée le dimanche à 16h

groupes tous les jours sur rendez-vous

ouvert le 14 juillet


Le Frac des Pays de la Loire présente du 31 mai au 17 septembre 2017 salle Mario Toran, une exposition de Patrick Bernier, Un gouvernement d’après les murs.

Cette exposition fait suite au projet mené par l’artiste auprès de détenus de cinq maisons d’arrêt de la région des Pays de la Loire où il a proposé, durant 4 jours, des «ateliers de paroles» . L'installation retranscrit ces ateliers, invitant les participants à s'imaginer à la tête d'un ministère de leur choix, pour concevoir une société sans murs ni surveillance.


« Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ? » Jean Tardieu
Une fois qu’on a accroché un tableau au mur, remarque malicieusement Georges Perec dans Espèces d’espaces, il devient simple support et on vient à oublier que « s’il n’y avait pas de murs, il n’y aurait pas d’appartement », qu’il n’y aurait pas de séparation. C’est sans doute aussi parce que nous pouvons librement passer des portes et ouvrir des fenêtres que nous ne leur prêtons plus guère attention. Au contraire, au Frac, les murs nous apparaissent dans leur nudité : l’un est percé d’une fenêtre à travers laquelle nous apercevons les chênes ; en regard, sur le mur opposé, une photographie nous montre une bâtisse imposante dont les fenêtres sont occultées par des grilles. Que se passe-t-il derrière ?

Les murs parlent-ils ? Les murs ont des oreilles, cela nous le savons, et c’est pourquoi nous nous en méfions. Les murs de la salle Mario Toran, quant à eux, parlent, rien d’autre. D’abord parce que les dix haut-parleurs, fixés à hauteur d’homme sont comme les judas que l’on installe aux portes des cellules, ils ne laissent passer le son que dans un sens ; ensuite parce que les voix que nous transmettent les haut-parleurs fixés dans les murs de la salle d’exposition viennent de loin, de trop loin pour que les nôtres leur parviennent.

Qui parle en ces murs ? Ce sont les voix d’hommes qui n’ont pas voix au chapitre, justement. Ce sont celles de détenus de plusieurs maisons d’arrêt des Pays de la Loire qui ont pris part à l’atelier proposé par Patrick Bernier, au cours duquel il leur a proposé de se mettre à la tête du ministère de leur choix et d’en imaginer le programme. De ces personnes, nous ne savons presque rien d’autre que le fait qu’elles sont là, et c’est paradoxalement à ce titre que leurs voix nous parviennent et nous parlent. La voix de l’artiste les introduit un à un, ministre des Droits et des Libertés, de la Culture et des Sports, de la Nationalité Universelle, de la Réparation, de la Liberté d’expression, de la Conscience humaine, de l’Extérieur, des Connexions interministérielles, de la Consommation douce...
De quoi parlent-ils ? Les voix circulent d’un haut-parleur à l’autre, chacun assigné à un ministre, à la manière des « yo-yo », ces ficelles qu’utilisent les détenus pour se passer des objets d’une fenêtre à l’autre. Patrick Bernier réagence les voix enregistrées en différents lieux et moments et ainsi nous convie à cette assemblée qui n’a d’existence physique qu’en cette pièce. Il y est question de liberté, de soin, de frontières et de solidarité, de réparation et de culture, de justice, l’amélioration de la société hors les murs... Autant de questions qui transcendent les murs dans la mesure où le pouvoir, dans nos sociétés, ne consiste plus seulement à enfermer ni à séparer ou à exclure mais, « sous une forme plus discrète, plus voilée, d’une manière apparemment scientifique1 », à mettre en place un quadrillage de la population qui se charge de la faire marcher au pas. En inversant les perspectives, Un gouvernement d’après les murs bouleverse les évidences pour mieux repenser ce que c’est que de vivre en société.

Julien Zerbone

1 Michel Foucault, « Le grand enfermement », Dits et écrits, no 105, p. 1167


- Œuvre-atelier imaginée et réalisée par Patrick Bernier, avec le concours de CHS, Fisi, Gwénaël, Georges, Ivan, Jean-Charles, Karim, Kenny, Kevin, Legrand, Malbar, Mani77, Mano, Mato, Michel, Mg, Mond, Patrick, R.P, S.C, Small Axe

Un projet mis en place par la Ligue de l’Enseignement Pays de la Loire — service régional culturel - en partenariat avec les SPIP 44/49/53/85, les différents établissements pénitentiaires de la région, le Frac des Pays de La Loire.  

Ce projet a reçu le soutien de la Drac des Pays de la Loire et des services pénitentiaires (ministères Culture et Justice).